Ned Rorem

Istomin, Pommier et Rorem au Concours Kapell 1987

Ils se sont connus en 1942 quand Ned Rorem est venu étudier au Curtis Institute. Le hasard a voulu que le studio qu’il louait se trouvât juste au-dessus de l’appartement des Istomin. Dans son livre Knowing When To Stop, il fait un portrait amusant d’Istomin, « une sorte de chérubin au teint mat et à l’air ennuyé, dont l’attitude mêlait à égalité chaleur et hauteur ». Et il ajoutait : « A ce moment-là, il était en train de finir ses études, travaillant son piano toute la journée, dînant chaque soir à L’Aiglon, où son père était maître d’hôtel. Il lisait du lourd (Thomas Mann, Leibniz, et les Principia Mathematica de Russell et Whitehead) et allait au cinéma. A dix-sept ans il était conscient de sa valeur, il était déjà un maître du piano. Il n’a jamais « progressé », ce qui constitue pour moi un grand compliment. Les grands interprètes ne progressent jamais – ou alors parfois négativement, de la façon dont un concert progresse – si ce n’est qu’ils élargissent ou réduisent leur répertoire. Ils sont ce qu’ils sont au milieu de l’adolescence, parce que l’excellence et la compréhension ne viennent pas avec l’âge, elles sont innées. Au cours de cette année-là j’ai entendu Eugene travailler et jouer pendant des centaines d’heure. Sa nature est devenue ma seconde nature. Moi-même je ne suis pas vraiment un grand pianiste, mais je suis un bon imitateur ; quand les gens parlent de mon pianisme, je leur dis : « Je ne sais pas jouer du tout, je ne fais qu’imiter Eugene… L’art de Eugene Istomin a influencé mon approche de toute la musique, même celle que lui-même méprise. »
En octobre 1943, lorsqu’Istomin remporta le Philadelphia Orchestra Youth Contest, Ned Rorem l’avait accompagné au 2ème piano.
Peu après la fin de la 2ème Guerre Mondiale, c’est par l’intermédiaire de Ned Rorem qu’Istomin, qui se mêlait alors souvent aux milieux avant-gardistes de Manhattan, fit la connaissance de Paul Goodman. Goodman n’accédera à la notoriété qu’au début des années 60, devenant un des maîtres à pense

Istomin, Pommier et Rorem au Concours Kapell 1987

Ils se sont connus en 1942 quand Ned Rorem est venu étudier au Curtis Institute. Le hasard a voulu que le studio qu’il louait se trouvât juste au-dessus de l’appartement des Istomin. Dans son livre Knowing When To Stop, il fait un portrait amusant d’Istomin, « une sorte de chérubin au teint mat et à l’air ennuyé, dont l’attitude mêlait à égalité chaleur et hauteur ». Et il ajoutait : « A ce moment-là, il était en train de finir ses études, travaillant son piano toute la journée, dînant chaque soir à L’Aiglon, où son père était maître d’hôtel. Il lisait du lourd (Thomas Mann, Leibniz, et les Principia Mathematica de Russell et Whitehead) et allait au cinéma. A dix-sept ans il était conscient de sa valeur, il était déjà un maître du piano. Il n’a jamais « progressé », ce qui constitue pour moi un grand compliment. Les grands interprètes ne progressent jamais – ou alors parfois négativement, de la façon dont un concert progresse – si ce n’est qu’ils élargissent ou réduisent leur répertoire. Ils sont ce qu’ils sont au milieu de l’adolescence, parce que l’excellence et la compréhension ne viennent pas avec l’âge, elles sont innées. Au cours de cette année-là j’ai entendu Eugene travailler et jouer pendant des centaines d’heure. Sa nature est devenue ma seconde nature. Moi-même je ne suis pas vraiment un grand pianiste, mais je suis un bon imitateur ; quand les gens parlent de mon pianisme, je leur dis : « Je ne sais pas jouer du tout, je ne fais qu’imiter Eugene… L’art de Eugene Istomin a influencé mon approche de toute la musique, même celle que lui-même méprise. »
En octobre 1943, lorsqu’Istomin remporta le Philadelphia Orchestra Youth Contest, Ned Rorem l’avait accompagné au 2ème piano.
Peu après la fin de la 2ème Guerre Mondiale, c’est par l’intermédiaire de Ned Rorem qu’Istomin, qui se mêlait alors souvent aux milieux avant-gardistes de Manhattan, fit la connaissance de Paul Goodman. Goodman n’accédera à la notoriété qu’au début des années 60, devenant un des maîtres à pense