Son oreille ayant été éveillée par l’écoute du chant de ses parents, Istomin se trouva toujours très attiré par les instruments à cordes, les plus proches de la voix humaine.  Lorsqu’il mentionne les musiciens qui l’ont inspiré, il cite presqu’autant de violonistes et de violoncellistes que de pianistes. Voilà ce qu’il dit de Heifetz : « C’est un génie  de l’interprétation, c’est le plus grand miracle instrumental que j’aie connu. Plus grand que n’importe quel pianiste ! Il a eu une influence énorme, considérable sur moi. C’était presque une obsession pour moi à une certaine époque. Aussi important pour moi que les chanteurs. »

Il aimait beaucoup accompagner des chanteurs, et le fit assez souvent dans le cadre des festivals de Prades et de Porto Rico dans des lieder de Schubert, Schumann et Brahms. Il le fit même, de façon improvisée, avec Luciano Pavarotti et Renata Scotto dans une soirée privée. Surtout, il avait un très grand plaisir à dialoguer avec des instruments à cordes, en sonate, en trio, quatuor ou quintette. Le dialogue pouvait presque devenir une rivalité dans l’art du chant ! Isaac Stern écrivit dans ses mémoires, Mes 79 premières années : “Eugene avait la capacité mystérieuse au plus haut point de faire sonner le piano comme s’il avait lui aussi un archet. Par ailleurs, il avait un sens remarquable de la base harmonique de chaque phrase, et une flexibilité dans le phrasé qui était aussi naturelle pour lui que de se servir de notre archet pour Lennie et moi. » Jaime Laredo, qui joua souvent avec lui en différentes formations, disait qu’aucun pianiste « ne pouvait s’approcher du son d’un instrument à cordes comme Eugene le faisait ». Istomin était même tenté de bouger le doigt sur la touche du piano, comme s’il pouvait faire un vibrato…

Cette capacité rare lui valut d’être apprécié et soutenu par de grands violonistes et violoncellistes, parmi ses contemporains mais aussi ses aînés. Adolf Busch avait été un de ses partisans dans le jury du Concours Leventritt 1943 et il l’engagea aussitôt comme soliste pour deux grandes tournées avec le Little Orchestra. Pablo Casals le reçut d’emblée comme un élu et déclara que s’il devait reprendre sa carrière, c’est avec lui qu’il jouerait. Privilège unique. Ces deux géants de la musique l’initièrent à la musique de chambre.

Un autre grand violoniste était présent lorsqu’Istomin fit ses débuts avec l’Orchestre Philharmonique de New York : Bronislaw Huberman. En 1896, alors qu’il avait tout juste treize ans, Huberman avait joué le Concerto pour violon de Brahms devant le compositeur qui, d’abord sceptique devant un si jeune musicien, s’enthousiasma. Il recopia pour lui les quatre premières mesures, avec cette dédicace : « En affectueux souvenir d’un auditeur comblé de joie et reconnaissant ». Après avoir entendu Istomin jouer le Deuxième Concerto de Brahms, il lui déclara : « Jeune homme, j’ai joué le Concerto pour violon de Brahms pour Brahms lui-même, et je peux vous assurer que ce soir il aurait été très heureux ! »

Emanuel Feuermann
Emanuel Feuermann
Madeline Foley
Madeline Foley
Joseph Fuchs
Joseph Fuchs
Jascha Heifetz
Jascha Heifetz
Jaime Laredo
Jaime Laredo
Leonard Rose
Leonard Rose
Alexander Schneider
Alexander Schneider
Isaac Stern
Isaac Stern
Paul Tortelier
Paul Tortelier
Pinchas Zukerman
Pinchas Zukerman