Daniel Barenboim jouant au ping-pong

Eugene Istomin avait été tout de suite enthousiasmé par le talent extraordinaire de Daniel Barenboïm. Il avait approuvé et encouragé le jeune musicien dans les premières années de sa carrière. Puis il s’était inquiété de sa boulimie de concerts et d’enregistrements et le lui avais dit avec sa franchise habituelle. En trois jours, Daniel Barenboïm avait enregistré l’intégrale des Trios de Beethoven avec Pinchas Zukerman et Jacqueline Du Pré, sans pratiquement les avoir interprétés en concert. Istomin les avait travaillés et joués avec Stern et Rose pendant près de dix ans, et ils avaient échelonné les enregistrements sur cinq années et neuf journées de studio… Avant son trentième anniversaire, Barenboïm avait déjà enregistré tout Beethoven : les Concertos avec Klemperer, l’intégrale des Sonates pour piano et violon avec Zukerman, tout l’œuvre pour piano et violoncelle avec Du Pré, et les 32 Sonates pour piano. Plus l’intégrale des concertos de Mozart… Pour Istomin, c’était un manque de respect pour la musique, et cela ressemblait à un gâchis. Tous ces disques révélaient un immense talent mais laissaient un goût d’inachèvement. Istomin craignait avec raison qu’à vouloir aller si vite, Barenboïm ne prenne jamais le temps de l’approfondissement et ne parvienne pas à réaliser ses promesses.

Daniel Barenboïm n’accepta pas de bon cœur les remarques d’Istomin et lui en garda durablement rigueur, ne l’invitant jamais à venir jouer http://pharmacie-ed.net/Levitra.html sous sa direction, et décourageant ses amis de le faire. Pourtant, Istomin resta toujours très lié à Enrique Barenboïm, le père de Daniel et Jean-Bernard Pommier, qui fut longtemps très proche de Barenboïm, tenta en vain de les rapprocher. Leurs démarches étaient tellement opposées qu’elles étaient irréconciliables.

En revanche, Istomin regarda avec sympathie les actions menées par Barenboïm pour ébranler les préjugés des Israéliens. Lui-même avait dû faire face aux manifestations d’hostilité de la presse et du public, lorsqu’un chef allemand, Klaus Tennstedt, fut invité pour la première fois à diriger l’Orchestre Philharmonique d’Israël et qu’il était le soliste de ces concerts. C’était en 1978. L’année suivante, après la signature du Traité de paix entre Israël et l’Egypte, il avait été le premier musicien à jouer et à donner des master-classes et des concerts au Caire et à Jérusalem, et à envisager une collaboration musicale israélo-égyptienne durable. Istomin approuva Barenboïm lorsqu’il brava l’interdit qui frappait encore la musique de Wagner en Israël en 2001 et il applaudit à la création du West-Eastern Divan Orchestra, persuadé que les artistes, et plus encore les musiciens, ont un rôle essentiel à jouer pour la réconciliation des peuples.

Document

Daniel Barenboïm au Caire pour diriger l’Orchestre Symphonique du Caire en 2009. Reportage et interviews en anglais.