Isaac Stern, Virginia Katims, Leopod Mannes (se servant à boire), Madeline Foley, Milton Katims, Paul Tortelier.

A Prades en 1952 : Isaac Stern, Virginia Katims, Leopold Mannes (se servant à boire), Madeline Foley, Milton Katims, Paul Tortelier.

Milton Katims est mort en 2006 à l’âge de 96 ans, après une carrière et une vie fort bien remplie. Il fut l’un des plus grands altistes du vingtième siècle. En 1943, il succéda à William Primrose comme alto solo de l’Orchestre de la NBC sous la direction de Toscanini, qui l’encouragea à devenir chef d’orchestre, faisant même de lui son assistant. Il fut le partenaire de prédilection du Quatuor de Budapest pendant quinze ans, enregistrant avec eux des quintettes de Mozart, de Beethoven et de Dvorak. Il fit aussi partie du New York Piano Quartet avec Mieczyslaw Horszowski, Alexander Schneider et Frank Miller.

En 1954, Katims fut nommé directeur musical de l’Orchestre Symphonique de Seattle. Il y resta vingt deux ans et développa considérablement le niveau et l’activité de l’orchestre. Istomin fut très souvent invité à jouer sous sa direction ou à participer à la fameuse série de concerts de musique de chambre que Katims avait créée à l’Olympic Hotel. Tous deux se retrouvèrent également auprès de Casals aux festivals de Prades et de Porto Rico, ainsi qu’au Festival de Menton (en présence de la princesse Grace de Monaco !).

Eugene Ormandy et Milton Katims

Eugene Ormandy et Milton Katims

Dans le livre plein d’humour, The Pleasure Was Ours, qu’il écrivit à quatre mains avec son épouse Virginia, Milton Katims raconte nombre d’anecdotes savoureuses. Avec élégance, Katims laisse à Istomin le privilège de la raconter une plaisanterie dont il avait été victime : « Un des moments les plus amusants de ma carrière date de décembre 1952, lorsque je complotai avec les membres de l’Orchestre Philharmonique de Buffalo pour faire une farce à notre chef, un certain Milton Katims. Nous avions interprété le Deuxième Concerto pour piano de Chopin pour les concerts d’abonnement à Buffalo et nous faisions maintenant une petite tournée avec le même programme. C’était l’usage de faire une coupure dans l’introduction orchestrale, de telle sorte que l’on n’ait pas trop à attendre la somptueuse entrée du piano. Beaucoup  d’enregistrements, par exemple ceux de Rubinstein et de Guiomar Novaes, ou même le mien, avec Ormandy, ont été réalisés avec cette coupure. Mais, pour les concerts à Buffalo, nous ne la faisions pas, car Milton trouvait qu’il y avait déjà trop peu à jouer pour l’orchestre. Lors du dernier concert de la tournée (à l’Université de Colgate, dans l’Etat de New York), je me suis mis d’accord avec les musiciens pour qu’on fasse la coupure sans le dire à Maestro Katims. Au concert, ce fut un grand moment de voir son expression abasourdie, horrifiée ! Il hochait la tête comme s’il refusait de croire qu’on ait pu faire une chose pareille, tout en essayant de se repérer dans la partition. Je dois reconnaître que je n’en suis pas fier du tout, car à cette époque je n’étais déjà vraiment plus un gamin. De toute façon, cet événement n’a pas eu de conséquence fâcheuse, si ce n’est que j’ai dû rembourser la note du cardiologue de Milton ! »

Katims prend alors le relais pour donner son point de vue et raconter sa vengeance… « J’étais complètement déconcerté ! Je venais de me tourner vers les premiers violons pour leur donner le signal, mais ils n’ont pas joué. Ce sont les vents qui se sont mis à jouer. Du coin de l’œil, j’ai vu Eugene me regarder d’un drôle d’air. Cette blague m’a rendu furieux, mais sur le coup je n’ai presque rien dit. J’ai attendu patiemment le bon moment pour lui rendre la monnaie de sa pièce. C’est arrivé une dizaine d’années plus tard, quand Eugene vint à Seattle jouer le Concerto pour piano de Schumann. J’ai demandé à notre bibliothécaire de sortir les partitions des concertos de Grieg et de Schumann, qui sont tous les deux dans la même tonalité. A la première répétition, après que Eugene eût joué les premières notes du Schumann, j’ai lancé l’orchestre dans le début du Grieg. Eugene ne broncha pas. On ne pouvait deviner si intérieurement il riait, ou s’il pleurait. Il secoua juste la tête et dit avec un sourire narquois : « Très amusant ! Très amusant ! »

Katims 3 001Katims et Istomin faisaient partie du même petit groupe de musiciens qui se réunissaient régulièrement à New York au début des années 50, pour le plaisir de faire de la musique de chambre. C’est là que leur affection et leur admiration réciproques commencèrent. Milton Katims regrettait que, malgré son prestige, le nom d’Istomin soit « mieux connu de ses collègues musiciens que du grand public. La raison en est qu’il est un musician’s pianist*. Sa formidable virtuosité est tempérée par un sens poétique, une intelligence et une maîtrise stylistique rares… ».
*Musician’s pianist : une expression qu’on pourrait traduire par « un pianiste qui est avant tout un musicien, et qui par conséquent est surtout admiré par un public de connaisseurs ».

Quelques concerts

1952, 14 & 16 décembre 1952. Buffalo. Chopin, Concerto n° 2. Buffalo Philharmonic.
1954. Seattle, Orpheum. Beethoven, Concerto n° 5. Seattle Symphony.
1957. Porto Rico. Mozart, Quatuor pour piano et cordes K. 493. Stern, Mischa Schneider. Concert enregistré et publié par Columbia, puis Sony.
1962, 19 mai. Seattle. Brahms, Quatuor pour piano et cordes opus 25. Stern, Rose
1962, 21 mai. Seattle. Mozart, Concerto n° 24. Seattle Symphony.
1963, 8 août. Menton. Bach, Concerto Brandebourgeois n° 5. Northern Sinfonia. Stern, Rampal.
1964, 28 juillet. Hollywood Bowl. Beethoven, Concerto n° 4. Los Angeles Philharmonic.

Pas d’informations accessibles sur les autres dates de concert avec le Seattle Symphony.

Musique

Mozart, Quatuor pour piano et cordes en mi bémol majeur K. 493, dernier mouvement. Eugene Istomin, piano. Isaac Stern, violon. Milton Katims, alto. Mischa Schneider, violoncelle. Enregistrement live pour Columbia du concert du 8 mai 1957 à Porto Rico